11-30-2006
"The Hours" (Philipp Glass)
Une musique comme une tasse de thé. À peine quelques glissements de
cordes et quelques notes de piano, pour que se lèvent, aussi vives
qu'un après-midi doux et pluvieux de mai, des images qui laissent sans
voix pendant quelques heures. (Une musique, qui donnait presque envie
de s'ensevelir au creux de l'onde, pour retrouver le bon chemin de la
parole.)
Je tourne les yeux vers la fenêtre : le ciel qui nous
dirait presque la neige ; la musique fait renaître les sensations d'un
livre – un train courant à travers la campagne vers l'arbre de Noël,
des flocons de temps en temps. Puis une tasse de thé, dans la
tranquillité familiale. Et la lecture se continue: derrière la fenêtre,
le ciel s'assombrit et le sol s'éclaircit de blancheur.
11-28-2006
"Dites au prince charmant" (Lio)
Le temps sensible et le temps affectif... J'ai aimé cet disque de
Lio en janvier, et je ne redécouvre entièrement un matin de fin
novembre, sans l'oublier entre-temps, mais avec une force nouvelle. Lio
revient avec une voix délicate raconter des petits événements. Il y a
de la sensibilité à fleur de peau, il y a de l'humour.
Et une
ambiance, un décor. Alors que les premières notes commencent, je vois
le même ciel qu'à la première écoute: un ciel bas semblable à de
l'acier d'où la neige est sur le point de tomber – un ciel blanc
cotonneux dans lequel on s'enroule pour réchauffer son coeur.
Les mots lui viennent dans un souffle, une fumée gracieuse et dansante.
10-09-2006
"Stay golden" (Au revoir simone)
Le révérend me laisse utiliser une pièce sous les combles: je l'ai très peu aménagée, à part une table et quelques livres. De la lucarne, je vois le clocher de l'église. Souvent, après avoir allumé une bougie, j'écoute cette chanson, avant d'écrire des lettres: au gré de l'ondulation de la musique et de ma tête, je retrouve mon ruisseau, et j'imagine ces trois jeunes filles quitter un instant leurs amoureux, courir dans les hautes herbes pour chanter l'office.
(Ton absence crée une parenthèse que je remplis de mots.)
10-05-2006
Waiting for Isobel
Alice a toujours eu l'effet d'un papillon, qui viendrait se poser sur le bord de ma fenêtre quand le ciel est bas.
Alors que j'étais ce matin à ma table, pensant que je pourrais allumer une bougie, elle a frappé doucement à ma porte. Nous prenions une tasse de thé quand elle noua autour de mon cou mon écharpe et me prit par la main. "Il y aura de l'or dans ce jour."
Nous marchâmes entre les roseaux, croisâmes mon coin près de la rivière, mais elle continua. Sa conversation était douce et irisée, son pull vieux-rose, sa démarche de renarde. Je connaissais bien le chemin que nous prenions, le refuge de nos étés adolescents, où elle me fit sentir la douceur d'un baiser et la caresse d'une langue. Ici, nous partagions des tartelettes et des poèmes; comme les papillons, ses cheveux caressaient mon nez. Elle m'apprit la beauté d'une fumée de cigarette dans le soleil. Nous nous assîmes au pied de son saule, – je me souviens de m'être comparé à Musset –, les yeux perdus chacun dans le vide. Alice regardait le ciel, et, comme par le pouvoir de ses yeux, les nuages s'allégeaient en brume; une vapeur d'or enveloppait le saule. La voix d'Alice qui fredonnait frôlait le courant et mes yeux scintillaient du bonheur de l'avoir.
Je serrais sa main.
09-28-2006
Les joyaux de la pop belge
Ce sont deux découvertes que je dois à William, qui sont devenues mes musiques d'été et dont il saurait mieux parler que moi.
J'ai bâti le presbytère en pensant à Major Deluxe, parce que, perdu au milieu de la ville, il n'y a pas loin pour être dans une clarière ensoleillée où poussent les genêts. En marchant sur un boulevard parisien, un flûte me rappelle qu'un héron habite près de l'eau calme. C'est une musique qu'on écoute comme on fume une cigarette allongé dans un transat, les ray-bans envahies de ciel bleu, le chapeau de paille un peu de travers. Je suis bercé par la voix, et tout à coup une trompette ou des cordes provoquent le frisson. William m'a dit que c'était un disque d'été: mais je veux aussi le conserver pour les nuages bas de l'hiver et pour les brouillards de l'automne. Ce doit être possible, c'est une vraie musique des sens, qui déconstruit et reconstruit ce que croisent mes yeux.
Et le disque des amis. Melon Galia, c'est comme si B&S étaient encore plus proches de nous, en parlant notre langue. Pour être boudeur, sautiller, soupirer mélancoliquement, marcher en faisant des chalalalas ou des padapapas.
Enfin, il faudra y revenir...

